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dimanche 22 novembre 2009

VénuS-ReMiX - Texte d'Anne-Sophie Fostier

Une danseuse prend possession de la scène de L'Ancre. Elle semble relativement jeune, son corps est sculpté et léger. Elle exécute docilement, guidée par deux métronomes, une danse composée de figures classiques.
Le mouvement est débarrassé de son écorce romantique, celle couramment associée à ce répertoire, elle danse sobrement, avec constance. L'exigence est de mise et l'occupation de l'espace est calculée au millimètre près. Cela nous donne l'occasion d'aprécier les qualités d'endurance de la danseuse et la grâce qui en émane.
La régularité des métronomes hyptotise légèrement et nous nous réjouissons quand retentissent enfin les premiers accords de Vénus d'Alain Bashung. Soudain, le corps de la danseuse se conjugue avec les paroles, le rythme se transforme et la féminité est célébrée dans une ambiance moins figée, plus vivante.

vendredi 20 novembre 2009

VéNuS-ReMiX - Texte de Ludivine Joinnot

Un tic tac régulier prend place dans un espace minimaliste. Un petit amoncellement de sable jaune se porte témoin de la scène. Le tic tac perdure. Un métronome. Une ballerine toute de noir vêtue, avec technique et charisme, exécute des pas de danse classique. Un éclairage tout en finesse glisse, au fil des minutes, et baigne humblement un corps féminin et sensuel, enfilé de chaussons.
Adéquation parfaite entre le métronome et sa danseuse, Maxime Bruys, issue de l’Ecole Royale du Ballet d’Anvers. Résonance irréprochable de la forme sonore avec l’évolution de l’artiste sur scène. Rythme cadencé qui se suffit à lui seul, sans autre artifice que la simplicité.
Peu à peu, une espèce de voix polyphonique s’installe. Le métronome n’est plus solitaire; d’autres le rejoignent. De nouveaux instruments encore se devinent par-delà les balancements. La musique multiplie ses contours en gardant de sa couleur initiale. Le son monte. Les mouvements de la ballerine se multiplient avec grâce et beauté dans la plus délicate des humilités.
«Elle est née des caprices. Pommes d’or, pêches de diamant». Un final avec la voix suave et envoûtante d’Alain Bashung. Pour faire fondre le spectateur, l’amener à se liquéfier dans son fauteuil, lui faire verser une larme d’émotion peut-être et appuyer davantage encore, s’il l’avait fallu, le tableau pur, intact et bouleversant de cette création à la fois abstraite et concrète.
Vénus, déesse de la beauté et de l’amour, prend place pour un court instant à L’Ancre. Du haut de son inaccessibilité, la femme domine, fait rêver et transporte dans un monde que seuls les dieux peuvent espérer atteindre un jour. La danse contemporaine se porte bien et touche la sensibilité de l’humain dans ce qu’il a de plus vrai, de plus naturel.

mardi 17 novembre 2009

VéNuS-ReMiX - Texte de Vincent Desoutter

Ode à la beauté de son interprète, «née des caprices» de Jean-Luc Ducourt, VéNuS - ReMiX est une pièce tout en crescendo. Sur le rythme hypnotique d'un métronome, l'obscurité ne s'installe que progressivement et Vénus danse, impassible. Mono-expressive, voire indifférente, son attitude est en décalage avec la grâce et la souplesse de ses mouvements. Comme un buste de la déesse, soudain pourvu d'un corps dansant. Ainsi mise sur un piédestal, elle demeure imperturbable et précise, parfaite.
Un plateau épuré à l'éclairage sobre offre une beauté sans artifice. Les ombres projetées sur les murs entretiennent ce charme, membres déployés, sur pointes. Déesse prisonnière de son espace, prisonnière de son phrasé chorégraphique, Vénus est avant tout une présence, une beauté singulière, gracieuse et froide. On aimerait casser les murs de cet espace trop restreint, espace déjà rompu par des panneaux obliques. Le son du métronome, par nappes successives, crée un rythme plus appuyé, à la fois régulier et brisé, qui génère une espèce de monotonie, appuyant la dimension mathématique de la chorégraphie.
Quand résonnent les premiers accords de la chanson éponyme d'Alain Bashung, la danse prend soudain une nouvelle dimension. La douleur traverse le visage de Vénus, vive et fugace. Dans la lumière déclinante, on croit deviner des tremblements et une émotion violente soudainement l’habiter. Comme écrasée par le spectre de son personnage, fétiche du chorégraphe, on imagine son visage se décomposer, les larmes poindre. Lorsque la chanson touche à sa fin, elle quitte la scène, tête baissée. Malgré une maîtrise demeurée intacte, une émotion sourde a traversé le plateau. La glace rompue, la danseuse soudain dévoilée, fragile, est devenue beauté triste, autrement plus émouvante que la déesse qu'elle incarnait. Un sentiment prégnant rendu possible uniquement par ce cheminement tout en longueurs... Unique et bouleversante, Vénus s'est éteinte.

VéNuS-ReMiX - Texte de Sébastien Noulet

- Tic-tac, tic-tac -

Le jour s’estompe

Vénus,
Déesse adulée
Éblouissante
Se redresse

Les cercles
Se rapprochent
Blancs
Elle s’avance
Pure
Rapporte
Sa lumière
Douce et dure

- tic-tac-tic-tac-tic-tic-tac-tic-

Le monde se dérègle
Statue ébréchée
Et vivante

- tac-tac-tic-tic-tac-tic-tac-

L’idole, muette,
Tourne
Tourne
Sur la voix
Tremblante
De son amant

Métronome
Il perd la boule

- tic-tac-tac-tac-tac-tic-tic-tic-tac-

Elle endure,
Digne,
La dévotion
Sans perdre sa grâce

Va-t-elle oublier qui est-elle?

- mélodie éclatée -

En boucle
Éternelle
Sans relâche

Les ombres
S’agrandissent

- cadence exponentielle -

Et se multiplient
Sur tous les murs
De sa prison

Sa flamme
Son temple

- premières paroles -

«Première à éclairer la nuit
Fruit de l’imaginaire
Pomme d’or
Pêche d’argent» *

Vénus


* Extrait de Vénus, d’Alain Bashung