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vendredi 4 décembre 2009

Chambre(s) d'hôtel - Texte de Ludivine Joinnot

Hotel rooms dans un passage de cour intérieure
c’est le soir, le clair de lune, les voyeurs
fenêtre ouverte sur une fiction-réalité
dérangement assuré par nos regards indiscrets
qui ont presque l’angoisse d’être impuissants


Hotel rooms dans une caravane fermée à clé
emprisonnement sans prison, sans prisonniers
le boxeur en fin de carrière, belliqueux et vicieux
la call-girl provocante qui n’a pas froid aux yeux
et puis, la femme de ménage qui passait par là


Il est attaché au cou comme un chien méchant
elle se trémousse devant la vitrine, l’air aguichant
et puis, la femme de chambre, témoin de la scène
comme nous, prise par cette histoire malsaine
tous plantés là, dans le décor d’une impudeur dérangeante


Trois à danser, trois à souffrir, trois à tenter de s’arracher
les chaînes qui les clôturent dans leur intimité dévoilée
la musique électronique témoigne du voyage intérieur
aussi important que les kilomètres parcourus sur le chemin du voyageur
une vidéo-danse live en milieu urbain


Les performeurs ne sont pas les seuls à être mis à l’avant plan
ils sont trois encore, ils sont le pied dans le palpable perturbant
ils parlent, dans l’espace de la cabine d’à côté,
interrogés par une journaliste qui veut nous montrer
leur vie de tous les jours, telle qu’elle est


Successivement, chacun peut, s’il le veut, s’arrêter
le temps d’un temps, souffler et s’informer
des écouteurs sont placés à disposition
de qui souhaite suivre la conversation
loin des mouvements bousculant des corps violents


Entendre un boxeur professionnel parler de ses combats
une femme de ménage raconter comment elle est arrivée là
une call-girl expliquer son quotidien
la vie, sans artifice, le chemin de chacun
trois fois cinquante minutes de découvertes, de crispations aussi


«Les clients, on les croise»
le volet se ferme pour temporiser
les émotions dégagées
les halètements retenus
les yeux écarquillés entre fiction et réalité
il est temps de partir, d’aller à la rencontre d’autres urbanités

vendredi 20 novembre 2009

Chambre(s) d'hôtel - Texte de Sébastien Noulet

Dans une caravane, ouverte au regard, se livre une lutte malsaine entre un homme agressif (ancien boxeur), une femme soumise (prostituée) et une témoin passive (la femme de chambre). Enfermés, à l’étroit, ils jouent la scène d’une nuit de débauche. Dans une cabine, accolée à la caravane, un boxeur (un vrai, lui, pas un acteur) répond aux questions d’une journaliste, elle aussi assise en dehors de la «scène principale». Par des écouteurs placés tout autour de la caravane, le public peut suivre l’interview du boxeur.
A l’extérieur donc, la journaliste lui demande comment il se prépare pour le combat, ce qu’il ressent avant de monter sur le ring, quand il rencontre son adversaire, quand il le frappe. En parallèle, à l’intérieur de la caravane aménagée en chambre d’hôtel, les trois autres (personnages fictifs) se débattent et s’enlisent dans une liaison sado-masochiste. Le personnage de l’ancien boxeur, torse nu et muni d’un gant de boxe rouge, est attaché comme un chien à une laisse. Il cherche à faire mal à la prostituée, à l’amoindrir. La femme n’a pas le choix, elle n’a pas choisi, elle subit pour subsister. La témoin, elle, refuse, elle cogne et se cogne, impuissante, à l’homme qui la repousse. Pendant ce temps, le boxeur installé dans la cabine raconte, calme, son métier, se battre. Il détaille ses blessures les plus fréquentes, au visage, aux mains, le régime qu’il s’inflige, le malaise, aussi, le jour où l'un de ses amis, un adversaire, est tombé KO les yeux rivés vers le ciel: «Le pire moment de ma vie». Chaque round dure 3 minutes, chaque combat comprend de 12 à 15 rounds... Dans la chambre d’hôtel, l’ancien boxeur maltraite les femmes. Pourquoi? Que cherche-t-il à faire sortir, quel démon, quelle défaite sur lui-même? Face à lui, l’une est sur la défensive, l’autre sur l’offensive. Elles se soutiennent et dansent sur des images troubles, des bains de sang...
Gravitant tel un voyeur autour de cette caravane à double scène, le public peut observer la chambre d'hôtel soit de face, au travers d’une vitre peu à peu couverte de buée, soit par des fentes, à l’arrière, trous de serrure d'un autre genre. Un peu malgré lui, il observe alors jusqu’où l’on peut aller pour gagner sa vie. Un peu malgré lui, il viole les pires instants d’une intimité mise en parallèle avec un combat de boxe sanglant.
Rien de bon ne sort de cette chambre d’hôtel, juste des draps trempés de sueur, aigre. Compte à rebours. Les 50 minutes du combat sont écoulées. La passe est terminée. L’arbitre siffle. Tout le monde est là, intact. Du moins physiquement. A peine quelques plaies à soigner, des bleus à cacher, et la caravane peut repartir. Après tout, boxeur ou pute, «les clients, on les croise». Adversité.