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jeudi 26 novembre 2009

Humus vertebra - Texte de Ludivine Joinnot

Humus vertebra ressemble à s’y méprendre à un conte de fée où les épouvantails évoluent tant pour le plaisir des petits que pour celui des grands. Chacun regarde avec plaisir cette plongée immédiate dans le monde de l’absurde et s’y sent presque chez lui. D’un souvenir de rêve à un souvenir d’enfant.
Univers de cirque. La piste dessinée à même le sol en est le premier témoin. Terre d’accueil pour trois artistes qui avancent, comme ils le peuvent, dans un croisement triangulaire où chacun trouve sa place sans exception. Des pas de danse que l’on aurait, de prime abord, dédié à un couple de danseurs et qui, ici, prennent une valeur d’exception tant le trio semble juste et construit.
Des corps parfaitement souples et malléables qui s’enchevêtrent, devenant pantins animés après s’être probablement tus trop longtemps dans leur condition antérieure d’épouvantails. Ils roulent, ils glissent, ils apprennent à voler tels des oiseaux. Ils s’amusent, se balancent, s’installent. Ils s’attachent, prennent de leur indépendance, combattent leurs incertitudes et leur questionnement. Ils dansent, s’imbriquent dans le corps de l’autre et ses interstices, se déforment tant qu’ils le peuvent.
Des équilibristes, des contorsionnistes, des clowns, des êtres tragiques et hors normes. Un peu de tout cela à la fois. Pour créer toutes les combinaisons possibles avec un matériel basique que sont trois grandes boîtes. Trois caisses aux fonctions multiples: balancelle, bateau, wagon de train, cercueil, building aussi, peut-être. Souvenir d’enfant s’amusant avec le carton qui emballait son cadeau d’anniversaire plutôt qu’avec le cadeau lui-même. Trois êtres perdus qui reprennent contact avec ce qu’ils peuvent de l’existence, une fois dotés du pouvoir du mouvement. Dextérité d’aménagements plus loufoques les uns que les autres. Trois boîtes pour une multitude de solutions, pour un équilibre sans bavure. Bien que le risque du déséquilibre effraie, ils virevoltent avec force, violence parfois, délicatesse et tendresse. Des croquemitaines qui donnent un sens à leur raison d’être. Une petite émotion malgré une légèreté apparente de l’histoire, laquelle se rattrape largement avec une trame chorégraphique recherchée et percutante, soutenue par des imbrications harmonieuses de corps.
Surgissent, par instants, des défilés d’images, par petits éclairs quand vient la lune la nuit. De ces films courts, entre réalité et fiction, entre hallucinations et vertiges. Univers animal où l’on s’amuse à reconnaître un chien, un homme, un singe, un bélier ou un bouc. Lesquels se transforment perpétuellement pour semer le trouble.
Puis, une petite musique. Non permanente. Qui part et revient. Sans trop encombrer. Juste ce qu’il faut d’incursions. Des percussions créées par les danseurs eux-mêmes, des petites musiques de jouets d’enfants pour rythmer des cabrioles, des culbutes, des cumulets au sol, d’un corps à l’autre, les trois combinés.
Plus que de la danse à proprement parler, Humus vertebra se perçoit comme une pièce de théâtre muet ou comme une performance de cirque. Trilogie artistique sympathique, jolie, divertissante, légère et drôle tout autant qu’émouvante qui ne manquera pas de laisser un petit souvenir dans les jours du futur proche.

lundi 23 novembre 2009

Humus vertebra - Texte de Julie Pirlot

Trois épouvantails plantés
Dans un cercle de blé
Dorment sans vie
Se réveillent sans bruit,

Monstres de la nuit
Rêvent d’un destin aussi
Clowns tristes et effrayants
Sont la peur de petits et grands,

Ils envient Pinocchio, si seulement…
Immobilisés au milieu d’un champ
Pas fait de bois, mais de paille
Ne pas vivre, éprouvant travail,

Acrobates magnifiques
Réveil magique
Ils luttent et dansent
Efforts intenses...

Formant au départ une gigantesque sculpture immobile, le trio d’acrobates se révèle ensuite comme prisonnier de boîtes en bois. Brusquement, ils se détachent de leurs liens, grimpent, puis sautent, se suspendent sur ces caisses de bois qui leur servent dès lors de jeu de construction, façon tétris, ou de podium, banc, lit, cercueil… Un effet magique, comme si trois épouvantails se réveillaient d’un long sommeil. Aux allures de clochards, les trois équilibristes se disputent, luttent, dansent comme des enfants. Une nuit pour vivre, un jour pour mourir.
Le jeu de ces clowns «effrayants » passent tantôt au rire, tantôt à la poésie. L’équilibre et la synchronisation des mouvements à trois impressionne. Par moment, aussi, le trio est interrompu par des images d’animation de Stefano Ricci qui renforce le coté étrange de l’ensemble: des visages se déforment, des monstres et des personnages morbides apparaissent, disparaissent.
Amusante et pleine de sentiment, cette pièce-acrobatie vous laisse un souvenir partagé entre sourires et tendre compassion.

vendredi 20 novembre 2009

Humus vertebra - Texte de Vincent Desoutter

Ingrédients
- Trois lois de Newton
- Un balai un peu manche
- Des godillots en cuir
- Des casiers réajustables
- Un visuel dispensable
- Des tendeurs là par hasard
- Des hectolitres d'inertie
- Une découpe lunaire
- Trois déséquilibrés
- Une musique allégée (5% M.G.)
* Pour un meilleur humus. Sortir suffisamment à l'avance les trois déséquilibrés du réfrigérateur pour qu'ils ramollissent.


1. Sur un plateau à revêtement anti-adhésif, étaler la découpe lunaire comme une pâte à tarte. Plaquer au fond le visuel dispensable pour épaissir et écraser l'espace, puis en plein centre du plateau sculpter une forme ésotérique avec vos casiers. Les farcir avec les corps des trois déséquilibrés ou les y étaler, à votre aise. Maintenir un équilibre précaire grâce aux tendeurs qui doivent bien justifier leur présence à un moment ou l'autre. Laisser reposer les silhouettes sous les projecteurs, et détacher progressivement les tendeurs. Déverser des hectolitres d'inertie, et laisser tomber.
2. A feu doux, laisser macérer les trois déséquilibrés dans leurs casiers réajustables. Ne pas permettre aux corps d'agir de leur propre chef. Impulser le mouvement uniquement avec les lois de Newton ou le rebond d'un déséquilibré sur l'autre. Jouer également avec les récipients pour créer des combinaisons inédites. Si l'inertie menace de noyer les danseurs, les laisser brièvement reposer face au visuel dispensable. Afin d'éviter que la sauce ne tourne, les munir du balai un peu manche pour générer une dynamique nouvelle. Laisser mariner un bon quart d'heure.
3. Travailler énergiquement les trois danseurs jusqu'à ce qu'ils entretiennent une certaine confusion dans leurs entrelacements. Saupoudrer de musique allégée. Laisser crier. Porter le plateau à frémissement en abandonnant un temps le principe d'inertie. Mettre le déséquilibre sur pied.
4. Casser les chevilles en ajoutant une pincée de lois de Newton. Ne pas incorporer les pieds aux godillots de cuir. Les chausser à demi. Jongler avec.
5. Faire cuire à l'étouffée deux des corps. Dresser verticalement le troisième sur un piédestal. Fondre au noir. Laisser miauler avant d'applaudir.