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dimanche 22 novembre 2009
samedi 14 novembre 2009
Neige - Texte de Julie Pirlot
Michèle Anne De Mey présente Neige, un conte questionnant la place de l'homme dans l'univers. Une chorégraphie sur la 7e Symphonie de Beethoven.
Le spectacle démarre avec un film nous plongeant dans une ambiance froide où des ombres dansent dans un magnifique paysage hivernal. Du fictif nous passons au réel, avec un décor féerique bercé par une neige tombante, sans fin. Des corps inertes et en mouvements attirent le regard, titillent la curiosité. Est-on encore face à l’écran ou réellement face au plateau? Question troublante. Décor hallucinant, comme une boule de verre qu'on secouerait pour voir la neige se perdre dans ce petit univers sans oxygène.
On retrouve une joie d’enfant à regarder la beauté des flocons qui tombent. Petit à petit, des corps se découvrent, tels des spectres, des silhouettes qui luttent, meurent, dansent, dorment, se provoquent, s'aiment… Mais la sensation d’émerveillement du début laisse rapidement place à l’ennui: on attend presque désespérément d’être émerveillé par autre chose qu’un amas de neige ou d’être angoissé par ces fantômes ressuscitant sans cesse, allant et venant dans ce décor d’hiver. L'émerveillement tout comme l'effroi qu’on aurait pu percevoir au début devient comme banal. Plus rien ne se passe, la musique se répète, les gestes aussi. Les bruits de vent, de tempête, se font trop longs et la musique trop absente. On attend d'être enfin dévasté par la 7e Symphonie de Beethoven, qu'elle donne enfin une force à l'ensemble qui se voudrait pourtant terrifiant, voire angoissant. Mais rien ne vient.
On retrouve une joie d’enfant à regarder la beauté des flocons qui tombent. Petit à petit, des corps se découvrent, tels des spectres, des silhouettes qui luttent, meurent, dansent, dorment, se provoquent, s'aiment… Mais la sensation d’émerveillement du début laisse rapidement place à l’ennui: on attend presque désespérément d’être émerveillé par autre chose qu’un amas de neige ou d’être angoissé par ces fantômes ressuscitant sans cesse, allant et venant dans ce décor d’hiver. L'émerveillement tout comme l'effroi qu’on aurait pu percevoir au début devient comme banal. Plus rien ne se passe, la musique se répète, les gestes aussi. Les bruits de vent, de tempête, se font trop longs et la musique trop absente. On attend d'être enfin dévasté par la 7e Symphonie de Beethoven, qu'elle donne enfin une force à l'ensemble qui se voudrait pourtant terrifiant, voire angoissant. Mais rien ne vient.
En somme, tout au long de la pièce, on s’impatiente de voir ses six danseurs dépasser la beauté de toute cette neige, mais le dispositif scénique prend le pas sur tout le reste. Et c’est bien dommage…
Neige - Texte de Ludivine Joinnot
Il neige... Il neige sur Charleroi. Et la neige, sur Charleroi, pour neiger, danse…
Comme sur un nuage d’incertitude, de surprises, Michèle Anne De Mey entraîne ses spectateurs dans un tourbillon dont les limites ne sont pas immédiatement perceptibles. Passage d’un film à la scène, d’un décor à un autre, jusqu’à aboutir dans un aquarium géant. La fiction naît et meurt, au rythme de variations sur la 7e Symphonie de Beethoven.
Comme sur un nuage d’incertitude, de surprises, Michèle Anne De Mey entraîne ses spectateurs dans un tourbillon dont les limites ne sont pas immédiatement perceptibles. Passage d’un film à la scène, d’un décor à un autre, jusqu’à aboutir dans un aquarium géant. La fiction naît et meurt, au rythme de variations sur la 7e Symphonie de Beethoven.
Six danseurs s’enchevêtrent sur une scène la plus neutre qui soit. Le blanc et le noir se côtoient. Un jeu sur l’ambivalence qui s’appuiera davantage encore par la suite. Il faut du souffle, de la respiration, pour surmonter cette vision simple et tellement réaliste de la vie qui passe. Mais dès la première bouffée d’oxygène, l’instinct de survie prend le pas : on ne décroche pas malgré le mal qui grince dans l’estomac et le cœur.
D’un ricochet à un autre, il y a passage permanent de la vie à la mort, du silence au bruit, de l’immaculé à la trace, de la douceur à la douleur, de l’étrange au perceptible, du mouvement à l’état statique, de la lumière à l’obscurité, du jeu à la gravité, de l’homme à la femme, de la solitude au couple, de l’individualité au groupe.
Sans prétention, avec des moyens en apparence très «basiques», la chorégraphe bouleverse en faisant circuler dans le cycle. Cycle de l’eau, du liquide de la pluie au solide de la glace, en passant par le flocon. Cycle de la vie, aussi, d’une naissance à un au revoir. Cycle du jour, d’une aurore à un crépuscule. Et l’on joue. Bataille de neige pour ôter la gravité du climat et rendre ludique l’apparence globale du déroulé.
L’omniprésence de la neige tisse une harmonie de l’espace. Sentiment de synchronisme encore dans les mouvements des danseurs parfois désarticulés comme des pantins qui ne savent plus s’il faut courir ou se cacher dans l’horizontalité de l’hiver. La ligne blanche formée par la couche de neige au sol s’imbrique dans le décor, répondant à la ligne noire verticale des murs: un angle par lequel on regarde comme on regarderait au travers d’une vitrine. On renverse la tête, on renverse la boule, on la secoue. Et la neige tombe de plus belle, tantôt féerique, tantôt inquiétante.
Tout est éternel recommencement dans Neige. Et ce sont les corps qui sont les chefs d’orchestre de la symphonie. D’une mort à une vie. Ou l’inverse, peut-être…
Neige - Texte de Vincent Desoutter
Le rideau s'ouvre sur une ambiance brumeuse, où l'on ne sait vraiment ce qui tient de la projection et de la réalité. Dans un premier temps, la plastique du plateau met à mal les repères visuels et intrigue. C'est donc sur un registre essentiellement contemplatif que se dévoile Neige. Puis la lumière se fait sur un plateau immaculé, recouvert de poudreuse. Le fond noir, impénétrable, ouvre un espace épuré et désolé, comme sans limites. Tout de blanc et noir vêtus, les danseurs peuvent à loisir s'y fondre ou, au contraire, par jeu de contraste, mieux s'en détacher. Le travail des lumières et les variations de puissance de la neige permettent un jeu entre présence et absence des corps, des espaces.
Solo d'une première danseuse, comme sur le point de basculer à tout instant. Gardant longuement les mêmes appuis, elle surprend par sa posture et construit toute une variation autour de l'oscillation, comme si, clouée sur place, elle ne pouvait se mouvoir qu'au niveau du tronc. Puis, peu à peu, le fond du plateau dévoile quelques formes éparses. Des corps amoncelés, comme oubliés là. Tour à tour, ces figures sortent de leur torpeur et quittent la station horizontale pour déambuler, danser, et surtout combattre pour s'affirmer. Luttes intestines, situations de conflit dans le rapport à l'autre, c'est toujours dans une posture de combat que les corps s'expriment.
Rarement la pièce construit des instants rassemblant les six danseurs: une bataille de boules de neige, traitée sur le mode récréatif, en est l'exemple le plus probant. Une rupture claire avec la structure de la pièce basée essentiellement sur des soli à la chorégraphie plus formelle. De rares interludes littéralement parachutés sans recherche de fil conducteur.
Sur le plan individuel, les danseurs essaient de dépasser l'invisible carcan qui les réfrène. La neige ne semble pourtant pas être en cause, puisque c'est bien avec cet élément que les danseurs jouent, que ce soit via des figures au sol ou en y imprimant d'éphémères empreintes. Le côté systématique de l'issue de ces soli peut agacer: irrémédiablement, face contre neige, les corps défaillent, et peu à peu, recouverts, on se surprend à les oublier aussi vite qu'on les a vus précédemment se redresser.
En couple, les luttes pointent à quelques reprises dans Neige, avec une gradation assez conventionnelle. Ainsi, on verra une danseuse contenue en permanence par son partenaire chaque fois qu'elle tente de prendre une certaine envergure, cherchant à déployer son potentiel. L'union avec l'autre ne semble pas ici permettre la moindre ouverture et confine au contraire la figure féminine dans une étreinte aux relents de machisme assez prononcés. Passé ce stade de possession d'un corps traité comme objet, la figure du duo tourne à la violence conjugale et conjuguée, dans une tension charnelle assez palpable.
Au final, Michèle Anne De Mey semble composer avec Éros et Thanatos, ficelles somme toute classiques. Les accords solennels de la 7e Symphonie de Beethoven donnent à l'ensemble une gravité qui peut sembler bien pompeuse dans une chorégraphie cyclique où quelques soubresauts de vie nous surprennent parfois dans ces corps désincarnés, le temps d'une pulsion charnelle plus animale. On regretterait presque le traitement plastique irréprochable qui semble parfois prendre le pas sur le parcours des danseurs, car c'est finalement de chair dont manque Neige.
Constante visuelle, ladite neige fait effet de poudre aux yeux, et les images apparaissant derrière cet écran perdent en impact et en spontanéité. Le charme de la danse n'opère qu'au travers d'une scénographie tapageuse, forte de ses artifices. Pourtant virtuoses, les danseurs le sont. Mais c'est dans la richesse du langage chorégraphique que l'ensemble, comble de l'ironie, laisse bien froid...
Neige - Texte de Sébastien Noulet
Ce spectacle laisse un peu perplexe. D’une grande qualité formelle, Neige a le mérite de plaire à nos yeux. Les brumes annonciatrices de la neige, la vibration de l’air, l’atmosphère pesante et amortie: l’effet escompté est réussi. D’abord hypnotisé, le spectateur se détache pourtant de ce qui se passe devant lui.
La répétition des phrases chorégraphiques, la longueur de certains temps morts rompent l’effet de magie produit par la neige. De temps en temps, malgré tout, on se raccroche à une image, à un corps qui s’efface, qui tourne sur lui-même, qui s’échappe ou disparaît. Parfois, aussi, des danseurs, seuls ou en couple, se débattent. Mais ces quelques échappées dans la danse ne laissent que des traces légères dans cette obsession que laisse la neige. Elle coule à flot, recouvre les traces et les corps, seule poésie.
La répétition des phrases chorégraphiques, la longueur de certains temps morts rompent l’effet de magie produit par la neige. De temps en temps, malgré tout, on se raccroche à une image, à un corps qui s’efface, qui tourne sur lui-même, qui s’échappe ou disparaît. Parfois, aussi, des danseurs, seuls ou en couple, se débattent. Mais ces quelques échappées dans la danse ne laissent que des traces légères dans cette obsession que laisse la neige. Elle coule à flot, recouvre les traces et les corps, seule poésie.
Et la danse, face au monument de la 7e Symphonie de Beethoven, ne décolle jamais la neige de ses semelles. On voudrait mettre cette retenue sur le dos du froid, mais à aucun moment, on ne ressent réellement le froid de la neige. De même, aucun sentiment fort ne se dégage de la pièce.
Le froid se dégage plutôt de l’absence d’émotion. Les danseurs évoluent derrière un écran, une vitre, qui crée une distance rapidement trop puissante, même si en rapport concret avec l’effet voulu de boule de verre. Maladresse, aussi, dans la composition sonore trop gratuitement scandée par le leitmotiv de la 7e Symphonie de Beethoven, au point de lui retirer tout son impact et sa force. Quant à la chorégraphie, laissée pour compte et d’un tragique trop évident ou creux, elle finit par lasser et étouffer tout embryon d’émotion.
Au final, reste un goût de trop peu. La neige est un élément complexe qui peut être assimilé à toute une symbolique forte allant de l’innocence à la mort. Or, l’interprétation ne traite peu ou pas de ces thèmes et la mise en scène s’empêtre rapidement dans la lourdeur de la poudreuse. A cause de cette volonté trop évidente de perfection plastique, le phénomène n’est pas exploité à sa juste valeur. Et quand les personnages s’allongent définitivement dans la neige, on se demande presque si cette neige est autre chose qu’un simple décor.
Neige - Texte d'Anne-Sophie Fostier
Le rideau se lève sur un banc de brouillard épais. L'esprit se perd, s'imagine un lieu inhabité, envahi de brumes.
L'univers qui s'ouvre à nous est étrange, enfoui, porté par la 7e Symphonie de Beethoven. Le vent souffle. Deux silhouettes marchent sur l'eau, les surfacent se reflètent dans un jeu de miroir. Fin du premier tableau.
Le second dévoile cinq danseurs, recroquevillés au sol comme s'ils étaient en hibernation. Seule, au devant de la scène, une femme, semblable à une poupée ensorcelée, danse le regard vide tourné vers le haut. Ses membres semblent plastifiés, le mouvement est répétitif, obsessionnel. Un danseur tente de l'arrêter, ils sont pris dans l'ivresse de leur danse, se repoussant mutuellement.
Pendant ce temps, la neige ne cesse de tomber, imperturbablement, glaciale. Les danseurs sortent de leur blotissement et lancent quelques pas. Obnubilés, les hommes tracent des cercles sur le sol, d'autres balaient des sillons avec leur propre corps.
Les flocons créent un rideau, comme une distance blanche entre eux et nous, ils ouvrent un terrain glissant... Un homme, seul. Est-il égaré ou caché à lui-même? Il rencontre une femme. Comme un ange, elle le happe, lui tend son immense manteau d'un blanc immaculé. Face à lui, elle s'en défait comme d'une peau dont elle n'aurait plus besoin. Le geste léger, elle apparaît superbe, nue. Blanche et lisse, l'homme dépose délicatement sa tête entre ses mains.
La neige continue de tomber. La solitude, le froid, les corps glissent, tombent, se relèvent, pris dans un tourbillon comme une énième tentative avec ce partenaire si particulier. De temps en temps, un corps inerte est retrouvé sous l'épaisseur de la neige. Une danseuse asiatique se perd dans un mouvement qui jaillit comme s'il venait d'une source extérieure. Une certaine beauté brute s’en dégage. Ses contorsions amènent vers quelques figures proches de l'obscène. Un homme l'accompagne. Est-ce sa danse qui la seconde ou le contraire? Il en découle des instants brusques, offerts. La lutte naît. Tuer l'autre, survivre. Soudain, les corps qui jusque-là n'étaient que pulsions se fatiguent et s'adoucissent. Soudain, le registre change, c'est le jeu qui les réunit. L'on croit voir six enfants jouer à se lancer des boules.
La neige tombe encore. Lumineux, sur une pulsation comme le son d'un fusil de chasse, l'écran de glace est franchi, les phrases se répètent comme soulagées d'elles-mêmes, le cercle s'agrandit et nous applaudissons, envoûtés.
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